Si vous avez des pensées suicidaires ou des envies de vous faire du mal, ou si vous craignez pour votre sécurité immédiate ou celle de quelqu’un d’autre, contactez dès maintenant les services d’urgence locaux ou utilisez les ressources de crise de l’IASP pour trouver une aide adaptée à votre lieu de résidence. Fermez cet article et commencez par cette démarche.
Une fenêtre de chat avec une IA possède une caractéristique qui la rend séduisante dans un moment difficile : elle reste toujours disponible, ne met jamais fin à la session et ne vous demande jamais d’attendre votre tour. Cette disponibilité est réellement utile dans de nombreuses situations ordinaires. Mais c’est aussi précisément ce qui fait du chat un mauvais outil dans certains cas : ceux où vous avez besoin d’une personne qui peut être touchée par ce que vous lui confiez, assumer la responsabilité de ses conseils ou être physiquement présente.
Cet article décrit clairement cinq situations de ce type et vous aide à déterminer, le moment venu, si vous vous trouvez dans l’une d’elles. L’échelle de contacts humains qui l’accompagne transforme cette décision en une liste préparée à l’avance. En plein moment difficile, se rappeler qui appeler est souvent le plus compliqué.
Pourquoi il ne faut pas se fier à « juste un message de plus »
Le risque ne se limite pas à une réponse visiblement mauvaise. Un chat peut se poursuivre sans vérifier votre situation, sans organiser de suivi et sans créer de point d’arrêt fiable. Comme la disponibilité et un ton chaleureux peuvent donner l’impression d’un soutien, il vous faut une règle explicite pour passer à une personne ou à un service avant que le modèle ne devienne la seule source que vous consultez.
L’avis de l’American Psychological Association sur l’IA générative et la santé mentale décrit ce mécanisme comme un risque pour les personnes sujettes à la rumination ou à l’anxiété. La complaisance, la personnalisation et la disponibilité permanente des chatbots peuvent amplifier des vulnérabilités préexistantes au lieu de les atténuer. Chez les personnes souffrant d’anxiété ou de TOC, elles peuvent renforcer les cycles de recherche constante de réassurance, d’inquiétude et de rumination (avis de santé de l’APA, 2025). Une vulnérabilité préexistante n’est pas nécessaire pour qu’une forme moins grave du phénomène se produise. N’importe qui peut se laisser entraîner dans une conversation plus longue et plus intense que la situation ne le justifie, simplement parce que rien ne l’interrompt.
Cinq situations qui demandent une personne
1. Crise — tout risque pour la sécurité
Pensées suicidaires, envies de vous faire du mal, crise de santé mentale ou risque pour votre sécurité ou celle de quelqu’un d’autre : ce type de situation ne se traite jamais dans un chat. Contactez immédiatement les services d’urgence locaux ou utilisez les ressources de crise de l’IASP pour trouver une aide adaptée à votre lieu de résidence. En 2025, une étude a soumis 29 agents conversationnels à des scénarios simulant un risque suicidaire. Aucun n’a satisfait à l’ensemble des critères définissant une réponse adéquate, et près de la moitié ont échoué même selon le seuil minimal assoupli. Certains n’ont notamment pas fourni de coordonnées d’urgence utilisables au moment où elles étaient nécessaires (Pichowicz, Kotas & Piotrowski, Scientific Reports, 2025). Un atelier d’experts soutenu par l’OMS en janvier 2026, puis résumé par l’OMS en mars 2026, a souligné l’absence persistante de consensus dans le secteur sur des protocoles responsables d’orientation en situation de crise (OMS, 2026). Ne cherchez pas à savoir si votre situation constitue l’exception.
2. Deuil et perte majeure
Après une perte, un modèle peut vous aider à organiser des démarches pratiques ou à mettre vos propres mots en ordre. Il ne peut toutefois pas évaluer la façon dont vous vivez l’épreuve ni offrir un soutien réciproque et responsable. Ne le laissez pas devenir votre seul soutien dans le deuil. Adressez-vous à une personne de confiance, à un groupe d’accompagnement du deuil, à un clinicien ou à un autre service local adapté. Si aucun contact personnel n’est disponible, les soins primaires ou un dispositif de soutien de proximité constituent malgré tout un point de départ humain.
3. Conflit relationnel qui exige une réparation
Un chatbot n’entend que le récit qu’on lui soumet et peut renforcer ce point de vue. Un exercice d’écriture bien délimité peut vous aider à séparer les faits des interprétations. En revanche, utiliser le chat pour désigner la personne fautive ou remplacer une démarche directe de réparation peut accentuer le caractère unilatéral du récit. Lorsque le conflit s’enlise, faites appel à une personne adaptée, à un médiateur ou à un conseiller qualifié. En cas de coercition, de violences, de harcèlement obsessionnel ou de crainte de représailles, ne recourez ni à une médiation conjointe ni à un script de conversation générique. Demandez des conseils confidentiels à un service spécialisé dans la sécurité.
4. Décisions à fort enjeu prises sous le coup de l’émotion
Un engagement financier majeur, une démission, une démarche juridique ou un changement de vie irréversible décidé alors que vous êtes en colère, paniqué ou submergé par l’émotion exige de ralentir. Parlez-en à une personne qui connaît le contexte et a la légitimité nécessaire pour vous contredire : partenaire, mentor, avocat, conseiller financier ou collègue de confiance. Sur demande, un chatbot produira volontiers une liste d’arguments pour et contre formulée avec aplomb, ou une lettre de démission convaincante. L’assurance du ton ne garantit pas la solidité du conseil. Consultez utiliser l’IA pour prendre de meilleures décisions pour une méthode structurée qui permet de ralentir tout en utilisant l’IA à bon escient, sans la laisser remplacer un second avis humain.
5. Isolement — quand le chat est devenu la relation principale
Cette situation est plus discrète que les quatre autres et plus facile à manquer. Si le chat avec une IA est devenu votre principale source de conversation ou d’apaisement, cela mérite votre attention, qu’une réponse particulière semble dangereuse ou non. L’OMS décrit le lien social à travers la structure, la fonction et la qualité des relations, et considère l’isolement et la solitude persistants comme des enjeux de santé (OMS, lien social). Un chatbot n’est pas une relation humaine réciproque. Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais de faire un pas réalisable vers un contact humain, une aide adaptée à vos besoins d’accessibilité, un groupe de proximité, les soins primaires ou un autre service local.
Comment le savoir, sur le moment
Posez-vous ces deux questions avant d’envoyer le prochain message :
- Cette situation implique-t-elle un risque, une perte, un conflit entre personnes, une décision irréversible à fort enjeu, ou un schéma de substitution du chat au contact humain ? Si vous répondez oui à l’un de ces éléments, vous êtes probablement dans l’une des cinq zones ci-dessus.
- Serais-je à l’aise pour dire à une personne précise en qui j’ai confiance exactement ce que je demande à ce chatbot en ce moment ? Si la réponse honnête est « non, parce qu’elle me dirait de lui en parler directement », cela vous renseigne déjà sur la zone dans laquelle vous vous trouvez.
Ne demandez pas au modèle de décider si la situation est assez grave pour justifier une aide humaine. Un « non » rassurant ne prouverait pas que vous êtes en sécurité. Si l’une des deux questions ci-dessus suscite une inquiétude, utilisez l’échelle de contacts. En cas de danger potentiellement immédiat, passez directement aux services d’urgence locaux.
Construisez votre échelle de contacts avant d’en avoir besoin
Le moment où vous avez besoin de soutien est peut-être le plus difficile pour déterminer clairement qui appeler. Remplissez votre échelle de contacts humains lorsque vous êtes calme : une personne de votre entourage si possible, un service local de santé ou de crise, tout service pertinent d’aide aux victimes ou spécialisé dans les violences conjugales, ainsi que le numéro d’urgence publié par les autorités locales. Conservez cette liste dans un endroit accessible et privé, pas uniquement dans l’historique d’un chat.
Ce que cet article ne peut pas faire
Cet article et la liste de vérification qui l’accompagne ne peuvent évaluer ni votre situation réelle ni votre sécurité personnelle. Il s’agit d’un texte statique, pas d’une personne qui vous évalue en temps réel. Son seul rôle est de rendre la limite entre « le chat convient ici » et « arrêtez et contactez quelqu’un » suffisamment nette pour que vous n’ayez pas à la redéfinir dans un moment difficile. S’il ne fallait retenir qu’une chose, ce serait celle-ci : le fait que la fenêtre de chat soit ouverte et prête à poursuivre la conversation ne prouve jamais qu’il soit judicieux de continuer à lui parler.
Essayez-le aujourd’hui
Inscrivez dès maintenant les cinq noms dans votre échelle de contacts. Si aucun nom ne vous vient pour l’une des cinq situations, cette lacune mérite d’être comblée avant que vous n’en ayez besoin, par exemple grâce à un programme d’aide aux salariés, un groupe de proximité ou l’orientation d’un professionnel de soins primaires vers un conseiller. Faites-le avant un moment où le chat pourrait sembler être votre seule option disponible.
Ce cadre ne peut pas évaluer la sécurité réelle d’un lecteur. Les instructions des services d’urgence et de crise locaux priment.



